Critique In - UMA LUZ CORDIAL - Dans la forêt sombre de la création

Un coup de tonnerre dans le ciel paisible d’Avignon. Ou plutôt un coup de feu pour reprendre l’expression de la poétesse Emilie Dickinson que Carolina Bianchi convoque au cœur de son spectacle tonitruant Uma Luz Cordial. Corps nus, tableaux d’orgies, scènes de masturbation, récits pédopornographiques, la metteuse scène brésilienne n’a pas froid aux yeux pour changer notre niveau de conscience et nous réveiller. Nous réveiller à l’immense difficulté de l’écriture et de la création, cette "forêt sombre" que parcourt le poète. Car tel le sujet de ce spectacle total qui explore le processus d’écriture lui-même, brouillant les frontières entre théâtre et littérature, entrelaçant poèmes, interviews, lectures, performances et souvenirs. Dans un parallèle jamais didactique avec la sexualité, on comprend que la brutalité de l’écriture naît de la désorganisation, du chaos, de la même angoisse et énergie qui traversent nos corps. De chocs visuels en effets stroboscopiques, de masturbations au premier plan en récits malaisants, on s’égare dans ce processus de recherche, dans cette plongée fictionnelle, spirituelle et sexuelle au coeur de l’acte de créer. Mais Carolina Bianchi nous rattrape brillamment dans la dernière partie du spectacle avec une exégèse passionnante d’un poème de Emily Dickinson, My life had stood a loaded gun, qui devient une réflexion sur l’auteur et l’œuvre, sur l’écrivain et son arme prête à faire feu. Feu !
Enric Dausset


Dans le In
Uma Luz Cordial
, conception, texte, mise en scène et scénographie Carolina Bianchi, avec Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Carolina Bianchi, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes, Carolina Mendonça

Opéra Grand Avignon, 04 90 14 14 14, 4 au 7/07, à 17h et le 7/07 à 17h et à 22h




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