Critique In - Un OISEAU fragile

En 2021, Isabelle Huppert avait créé l’évènement en jouant La Cerisaie d’Anton Tchekhov, sous la direction du metteur en scène portugais Tiago Rodrigues au festival d'Avignon. Elle est revenue mercredi soir dans la Cour d’honneur du Palais des papes pour la 80e édition de la manifestation au côté de la comédienne coréenne Hyeyoung et une "lecture-spectacle" d’Oiseau, des extraits d’Impossibles adieux de Han Kang, prix Nobel de littérature 2024 surtitrée en français, anglais et coréen. (Le festival célèbre cette année la langue coréenne). La romancière sud-coréenne récompensée "pour sa prose poétique intense qui affronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine" raconte une grande histoire d’amitié entre deux femmes sur fond des massacres perpétrés sur l’île de Jeju en 1948. Pour ne pas oublier. Le programme prévient que la représentation contient des "récits difficiles". Hospitalisée, réalisatrice de films documentaires, formée à l’ébénisterie, Inseon demande à Gyeongha (que joue Isabelle Huppert) avec laquelle elle a travaillé de se rendre chez elle, dans son village de Jeju, pour sauver son perroquet blanc. Tout est blanc d’ailleurs dans la mise en scène de Julie Deliquet. A commencer par les tenues d’Isabelle Huppert et de Hyeyoung qui lisent le texte beau et dur de de Han Kang debout devant un pupitre et sur un plateau immaculés. Gyeongha relate son voyage perturbé par les aléas de la météo -la neige tombe derrière une fenêtre du Palais des papes- tandis que les souvenirs du temps passé ensemble ressurgissent. En particulier la mort de la mère d’Inseon. L’amie de Gyeongha s’est documentée sur la répression de milliers de Coréens accusés d’être communistes. Isabelle Huppert est-elle intimidée face aux deux mille spectateurs ? Elle hésite un peu au départ, balaie une mèche de cheveux, remonte la manche de sa chemise, mime les situations avec ses mains, s’investit enfin corps et âme. A l’image de sa partenaire Hyeyoung qui ne quitte quasiment pas le texte des yeux. Au bout de trois quart d’heure, les actrices échangent leur place. La "mise en espace" de Julie Deliquet qui a collaboré avec sa complice Annabelle Simon est basique. Elles ont l’air petites devant le vénérable monument. Elles n’ont que deux dates pour déclencher le désir de lecture.
Nathalie Simon
Dans le In
Oiseau, texte Han Kang, d’après le roman Impossibles adieux publié aux Éditions Grasset et Fasquelle, traduction Kyungran Choi et Pierre Bisiou, mise en lecture et dramaturgie Julie Deliquet, avec Isabelle Huppert et Lee Hye-young. Cour d’honneur du Palais des papes, 84000 Avignon, 04 90 14 14 14, 15 et 16/07, à 22h
Nathalie Simon
Dans le In
Oiseau, texte Han Kang, d’après le roman Impossibles adieux publié aux Éditions Grasset et Fasquelle, traduction Kyungran Choi et Pierre Bisiou, mise en lecture et dramaturgie Julie Deliquet, avec Isabelle Huppert et Lee Hye-young. Cour d’honneur du Palais des papes, 84000 Avignon, 04 90 14 14 14, 15 et 16/07, à 22h