Critique Off - Le chaos de LA VIE ETERNELLE

Ils sont beaux, jeunes, amoureux. Ils attendent des invités pour dîner. Un homme et une femme de 50 ans arrivent ; ce sont leurs enfants. L’ordre du temps s’est inversé dans cette famille car les enfants n’ont pas pu obtenir le crédit pour se faire implanter des nanos processeurs permettant de rajeunir comme leurs parents et de devenir ce qu’ils appellent a-mortels, c’est-à-dire éternellement jeunes mais mortels. Malgré la situation étrange, parents et enfants s’aiment et se respectent jusqu’à ce que le fils ait besoin d’un foie pour soigner son alcoolisme… Gabor Rassov est l’auteur de pièces démentes comme Jacques et Mylène ou Les Amis du placard. Sans donner de leçon, il place ses personnages dans des situations absurdes et donne à observer ce que cela produit. L’éternité semble antinomique dans un univers par définition éphémère. Et encore plus dans une société où tout est jetable. Or l’éternité, ou plus exactement dans le cas de la pièce, la très longue durée, se paye en argent, mais aussi en temps et en ennui et provoque le dérèglement de la société, en creusant les inégalités et surtout en fabriquant une espèce hors du cycle de la vie. En nous ballottant entre rire et effroi, la pièce, parfaitement incarnée, nous rappelle qu’il y a peut-être certaines limites à ne pas franchir…
Hélène Chevrier


Dans le Off
La Vie éternelle, de Gabor Rassov, mise en scène Matthieu Rozé, avec Aymeric Fougeron, Margot Heckmann, Stéphane Metzger, Juliette Poissonnier. Théâtre des Gémeaux, 10 rue du Vieux Sextier 84000 Avignon, 04 88 60 72 20, à 16h20





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