Le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières - (13/09/17)

Désormais incontournable, l’événement qui revient tous les deux ans réunit ce qui existe de plus original dans le domaine de la marionnette et du théâtre d’objets. Cette année, du 16 au 24 septembre, les nombreuses créations au programme traitent de la question de l’autre. L’autre évidemment envisagé comme étranger qui cristallise tous les maux de nos sociétés surdéveloppées et construites sur les peurs. Le contexte politique et électoral a inspiré Les Anges au Plafond qui ont adapté le roman de Romain Gary, Chien Blanc, une auto-fiction écrite en pleine lutte anti ségrégation aux Etats-Unis et dont les stigmates résonnent étrangement aujourd’hui. L’autre c’est aussi l’étrange qu’on n’ose pas approcher tant il est différent de soi et c’est ce que traitent Eric Lamoureux et Héla Fattoumi dans Oscyl dans lequel leurs danseurs approchent d’étranges sculptures inspirées d’Entité Ailée de l’artiste Hans Arp. L’expérience révèle que l’attitude de l’autre n’est que le reflet de celle de ceux qui l’accostent. Pour cela, la construction identitaire est essentielle car l’autre c’est aussi et avant tout soi-même et c’est curieusement ce que racontent beaucoup de spectacles. Yael Rasooly dans Bon voyage, adapté de l’œuvre de l’écrivain Etgar Keret, met en évidence la nécessité d’assumer nos multiples identités sous peine de dérive comme celle tragique de Valerie Solanas, cette féministe radicale qui tenta d’assassiner Andy Warhol en 1968 et dont Chambre Noire de la norvégienne Yngvild Aspeli s’inspire. Une des réponses à ces problématiques réside sans doute dans Aeterna, ces rituels de passation des savoirs entre une mère et sa fille, mais aussi dans l’art et tous les possibles qu’il ouvre. L’art qui trouve sa source dans le quotidien pour Marguerite Duras (Les aventures de la vie matérielle d’Aurélie Hubeau), qu’il sublime (Coco Chanel d’Ulrike Quade), au prix parfois de sacrifices existentiels (Ricdin Ricdon d’Ilka Schönbein). Mais peut-être faut-il en passer par là pour comprendre ce qu’est l’autre, l’écouter, l’accepter sans chercher à le modeler à son image. Une relation que pratiquent au quotidien les marionnettistes avec leurs "marionnettes"… 

Hélène Chevrier

Avec les interviews exclusives de : Yngvild Aspeli, Brice Berthoud, Claire Heggen, 
Aurélie Hubeau, Eric Lamoureux, Ulrike Quade, Yaël Rasooly, et Ilka Schönbein 

> Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes
25 rue du Petit Bois, 08103 Charleville-Mézières, 03.24.59.94.94
www.festival-marionnette.com, 03 24 59 94 94
du 16 au 24 septembre


Facebook