Adieu à Pierre Bergé, soutien indéfectible du théâtre - (08/09/17)

Pierre Bergé vient de nous quitter ce 8 septembre à l’âge de 86 ans. L’homme d’affaires, connu pour avoir été le compagnon d’Yves Saint-Laurent, était un amateur d’art sans limite et soutenait le théâtre. Le festival d’Automne lui doit ainsi beaucoup. Fidèle partenaire depuis le début, voici ce qu’il nous disait lors du portrait consacré à Bob Wilson à l’automne 2013


Mécène historique de Bob Wilson, Pierre Bergé soutient encore très largement sa venue à Paris. Depuis le début, il a compris qu’il avait affaire à un véritable artiste, auteur de son style. Bob Wilson regarde les oeuvres par le filtre de son univers et cela donne plutôt de bons résultats estime l’homme d’affaires.

Théâtral magazine : Sur le site de la fondation Pierre Bergé- Yves Saint-Laurent, on peut lire une phrase intrigante "Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent soutiennent inconditionnellement le travail de création de Robert Wilson depuis les années 70". Qu'est-ce qui vous touche autant chez Bob Wilson ?
Pierre Bergé : Disons qu’il s'inscrit parmi les deux ou trois metteurs en scène contemporains et de réputation mondiale les plus importants.

Quelle est l’oeuvre qui vous a particulièrement marqué ?
Einstein on the Beach, qui a été créée en 1976 au festival d’Avignon et qu'il reprend pour la dernière fois dans le cadre du Festival d'Automne au théâtre du Châtelet. Bob n'est pas un metteur en scène comme les autres.

En quoi est-il différent ?
C'est un grand artiste qui s’est créé un univers et qui l’applique aux pièces et aux opéras qu’il met en scène. Il leur tord un peu le cou certes, mais ça donne plutôt de bons résultats. Il n’y a qu’à voir ce qu’il a fait des Fables de la Fontaine. Patrice Chéreau dont j’ai d’ailleurs soutenu presque entièrement l’aventure au Louvre il y a deux ans se mettait complètement au service de l'oeuvre. Wilson reste avant tout fidèle à sa grille mais ça finit aussi par servir l’oeuvre, puisqu'on la voit complètement différemment. C’est pour ça qu’il ne se démode pas.

Vous êtes également impliqué dans l’aventure du Watermill Center, ce laboratoire d’artistes que Bob Wilson a construit en 1992. Qu'est-ce que représente cet endroit pour vous ?
C'est un lieu très important où Bob Wilson réunit tous les ans des metteurs en scène, des décorateurs, des acteurs, et les fait vivre ensemble. Autrefois, ça se faisait sous la forme de rencontres entre artistes.

Est-ce que ce soutien que vous lui apportez se traduit aussi par une participation intellectuelle, ou des conseils ?
Je ne suis pas du tout conseil de Bob Wilson. Mais c’est un ami, avec qui j’ai de longues conversations et auprès duquel je me suis beaucoup enrichi.

Vous soutenez énormément d'artistes. Pourquoi l'art mérite-t-il autant qu'on le soutienne ?
Je ne sais pas si l'art mérite d'être soutenu mais moi je veux le soutenir parce que c'est la seule chose qui soit intéressante dans ce monde.

L'art pourrait-il changer le monde ?
Mais l'art change le monde.

Comment ?
Oscar Wilde disait "avant Turner, il n'y avait pas de brouillard à Londres". Notre vision du monde d'aujourd'hui ne serait pas la même s'il n'y avait pas eu les artistes. Mais enfin, il ne faut pas se tromper d'artistes.

Propos recueillis par Hélène Chevrier




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