L'ANRAT s'interroge sur la réinvention du lien avec le public - (7/05/20) 

Dans sa dernière lettre d'information, Philippe Guyard, le directeur de l'ANRAT (Association Nationale de Recherche et d'Action Théâtrale), l'ANRAT, fait le point sur la distance qu'impose le confinement entre les comédiens et le publics et les possibilités de réinvention de ce lien.

"On s'approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble." 
Alfred de Musset, Sonnet à M.V.H., Poésies nouvelles, 1843.
 
"Ces deux vers m'ont été offerts par un comédien du Théâtre de la Ville au terme d’une « conversation poétique » à laquelle j’ai eu le bonheur d’être convié il y a peu. La démarche du Théâtre de la Ville témoigne de la vitalité d’équipes artistiques et de structures culturelles pour inventer, dans ce contexte qui impose l’éloignement, de nouvelles modalités de liens, plus intimes, avec leurs publics. "Au creux de l’oreille" et "au bout du fil", proposées respectivement par le théâtre national de la Colline et Le Préau, centre dramatique national de Vire, en sont d’autres exemples.
En allant à la rencontre de personnes, en entamant avec elles un dialogue dans l’intimité d’une conversation téléphonique, ces appels invitent à réfléchir à plus long terme aux relations avec les publics, à ce qui pourrait contribuer à leur renouvellement. La mise à distance, que certains ressentent face au spectacle vivant, s’en trouve en effet mise en question.

"La parole se donne, ne s’échange pas."  Valère Novarina, "Chaos", Le théâtre des paroles.

Ces propositions, et les témoignages nombreux de celles et ceux qui en ont bénéficié le confirment, rappellent combien l’art peut répondre à « notre besoin de consolation » en ces temps difficiles, combien la pratique des arts du spectacle, et singulièrement du théâtre, devrait être reconnue comme une nécessité des temps à venir, pour tous et les jeunes en particulier, pour tenter, par le verbe, par l’appui de la langue et des métaphores des poètes de la scène, de se réapproprier le monde, de le reconfigurer, de lui redonner un sens.
S’il est une priorité, ce devrait être celle-là."